Préparation de l’émission « ça rime à quoi ? » de Sophie Nauleau sur France Culture

Préparation de l’émission

de Sophie Nauleau sur France Culture

(mars 2013 /diffusion en mai 2013)

ça rime à quoi ?

A propos de la parution de caudal

La dédicace à Simplicius

Est une boutade.Elle fait référence au Dialogue de Galilée, « Dialogue sur les deux grands systèmes du monde ».

Simplicius / Simplicio, est le personnage aristotélicien du Dialogue, le tenant de l’ancienne cosmologie géo-centriste. Il représente l’église, les croyances.

Ridiculisé, il est mis en face de ses propres contradictions. Galilée s’est sans doute inspiré du pape Urbain VIII. En tout cas, l’auteur fut condamné pour son livre et contraint d’adjurer en 1633.

C’est une dédicace en forme de pied de nez, à tous les conservateurs, les arbitraires, les pusillanimes, les simples, les obscurantistes de ce monde. Un livre contre le principe d’autorité, contre la tradition quand elle est nuisible.

La langue française est comme le système solaire, comme la terre, elle est corruptible, altérable, passible. Elle subit des changements, des métamorphoses, les sociétés la façonnent, le temps la change.

Caudal fait partie d’un tout, de ce que j’appelle ma Trilogie féministe :

A la tête de la trilogie : La Femme lit, à la queue, caudal, par définition. Au milieu, une étrange petite prose le roman de diane, qui paraîtra en juin aux éditions Rehauts.

Caudal s’inscrit dans le prolongement du Mythe de soi, qui était la dernière partie de La Femme lit. Mais je ne pense littéralement qu’à la langue ici. L’objectif est de bouleverser les habitudes de voir écrit et d’entendre lu.

Des expériences linguistiques sont tentées, beaucoup dans le but de montrer les injustices, les manques, les aberrations. Le féminin souffre d’être invisible. Le ILS est requis dès qu’il y a un homme, en dépit des femmes autour, en plus grand nombre peut-être.

C’est tout l’objet du travail en poésie que je mène depuis 2006. Donner de la visibilité au féminin dans la langue. Faire que la langue française soit aussi la langue des femmes.

Le neutre est repris. Le COI dûment corrigé. Au sujet du complément d’objet indirect : les petits enfants qui apprennent à parler l’utilisent avec justesse jusqu’à ce qu’on leur apprenne que ce n’est pas comme ça.

Passe-lui le sel. Passe-le lui. Adressé à une femme, ça devrait être dit comme ça : Passe-elle le sel. Passe-le elle. Ou Passe-la le sel ou passe-le la.

Tout est une question d’usage, d’habitude

(Concernant l’accord de l’adjectif. Cette règle de proximité a été souhaitée et proposée en 2012 par de nombreuses associations qui militent en faveur de l’égalité homme /femme : l’adjectif s’accorde en genre avec le dernier substantif. Mais ce n’est pas suffisant).

Sur la grammaire :

Mes grammaticalités, me dit Joseph Guglielmi

Mes grammaticalisations, plutôt, me disait récemment Benoît Conort à la lecture de caudal. Parce qu’il y a mouvement, élaboration en cours…

Mes grammatisations, me dis-je après réflexion. Car il s’agit d’une mise en scène de la langue – il y a que la grammaire s’élabore sur scène, est dans un processus dynamique de transformation. Je suis d’accord.

Ça marche comme le Bescherelle, une règle / un exemple. Théorie / pratique

Langue cubiste :

Je m’efforce aussi de déplier la langue, de montrer toutes ces faces, de faire coexister toutes ses possibilités : Ex : en juxtaposant les pronoms possessifs et démonstratifs : sa cette forêt

Ecriture et oralité :

Caudal est un livre difficile à lire, il faut faire tout le temps attention, c’est un livre dont l’écriture fait trébucher la lecture, un livre qui plonge le lecteur / la lectrice dans une sorte de perplexité.

Il remet en question notre compétence de lecteur et de lectrice.

J’ai cherché à déséquilibrer le contrat qui lie le livre à son lecteur / à sa lectrice. L’écriture tire tout le temps la couverture à elle. On est clairement ici du côté de l’écriture et lire caudal à haute voix pose le problème de la visibilité des subtilités. La plupart ne parviennent pas à nos oreilles. L’oralité ne donne que partiellement l’idée des richesses et des inventions.

Quelque chose se perd de l’écriture à l’oralité. Plus ou moins nécessairement d’ailleurs. Pour caudal c’est manifeste. Il s’agit d’un livre à lire, il s’agit d’un texte qu’on ne doit pas quitter des yeux. 

Et cependant, il y a des inventions qui doivent passer par l’oralité pour retentir ! Ce que j’appelle entendre lu. Par ex : heureux homme = heureuse homme. La e non écrite ici, mais qui est sensible à la lecture orale est une invention incroyable ! J’ai l’amour de la e – selon une ancienne féminisation des lettres, me confirme Patrick Beurard-Valdoye.

Les liaisons, le système de lier les mots entre eux invisiblement pour une meilleure diction… c’est passionnant ! J’essaie de rendre ça visible. C’est le voir écrit.

Certaines merveilles n’arrivent qu’à l’écrit, d’autres, c’est à l’oral qu’elles se révèlent comme merveilles. J’use de toutes les ressources du français. Les homonymes par ex. Un premier degré de la langue m’intéresse. A quoi je mélange les sortes de « vides juridiques » que sont les endroits complètement hasardeux, et comme hors la loi, les interstices, les jeux… Ex : les rennes / les rênes / au-delà mer/ eau de la mer, mais laisser dans des contextes inappropriés.

En réalité, j’ai travaillé ce texte beaucoup du côté de l’oral, j’ai prononcé chaque vers, eu en bouche chaque phrase – car phrase et vers se mêlent. Le rythme j’espère est sensible. Les syncopes, et puis quand ça file, quand ça glisse un instant comme en une prose…

Je pars du principe que Le vrai lecteur et la vraie lectrice sont des relecteurs et des relectrices. Plusieurs passages sont nécessaires pour s’imprégner d’un texte, et surtout en poésie. La poésie est mystérieuse. La langue est mystérieuse.

La poésie demande un gros effort de lecture et de décentration.

Les liaisons

En annexant la préposition à, en prenant la liaison au pied de la lettre, phonétiquement, ça donne : anxieusà

le long des fibres la main, de haut en bas si ça se trouve, anxieusà (anxieuse à) son tronc

Ou bien alors en forçant la liaison, on obtient des étrangetés : ex : Incombaà

la incombaà à son tour de brandir l’arbitraire du signe =

lui incomba à son tour de brandir l’arbitraire du signe

Incombaà s’entend comme mamba.

Ma propre langue me devient étrangère.

Autre ex : granite île s’entend lu, s’entend une fois foi lu : granitile

Je tiens à une sorte d’incompréhensible à l’oral. De mystère. Le sens ne pénètre pas partout et surtout pas tout de suite. C’est le voir écrit qui lève à la fin les malentendus.

De la langue pure :

Quelques gemmes, quelques bijoux : gemmation est très mandiarguien.

Mon goût pour le mot rare, le mot beau. Une utilisation gratuite des mots, ça et là, cultivés pour leur beauté. C’est le cas de gemmation, de eusse-je

Sur l’ appellation « érotique » et pour en finir :

Dit-on pour Verlaine ou Théophile Gautier ou Apollinaire, poète érotique ? Non. On dit poète. Par contre pour Joyce Mansour, on va dire, poète érotique. Deux poids, deux mesures, selon qu’on est un homme ou une femme.

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