L’Au-delà du mur (Henri Bosco et moi)

L’instase pour moi, pour lui au cœur de la vraie vie (intérieure), au premier plan de la quête existentielle et privée et secrète – ce qu’on en révèle lui et moi dans l’écriture n’est pas contraint, est le dernier lien consenti au monde, aux autres dans notre souveraine solitude.

Ecrire sur les lieux de l’instase, ses apparitions, les situations d’instase (sommeil, rêves et rêveries), sur les conditions de l’instase (les départs d’instase, les moments propices, de possibilité et l’autorisation (la promesse) faite à soi-même. Etat merveilleux sans le secours des drogues. Le recours pour y arriver, « l’aide dont j’ai besoin parfois », « le coup de pouce pour accéder », chez Bosco, chez moi : les états de vigilance troublée, de réceptivité accrue (rêve encore, sommeil, rêverie, états seconds, les états de nudité physique et de désirs (présents chez Bosco mais d’une autre façon, le sexe n’est pas révélé, latent ou détourné, sublimé, rien n’est dit de la puissance du sexe). Le feu (la chaleur d’un feu créé), la lumière filtrée, verte, végétale ou dorée, orangée-rouge de provenance sanguine, de couchant ou d’aube (chez Bosco, importance de la lampe, des veilleuses), un jardin, l’immersion en pleine nature, la solitude, les habitats de forêts : ce que j’appelle aussi les campements – j’ai fait des photos de ces lieux provisoires), les stations dans le vert, verdure, caches – les postes d’observation, de guet, la proximité troublante et dangereuse des étangs, des eaux dormantes, les liens aux bêtes, les présences réelles ou imaginaires, les ombres, les fantômes, les morts autour de nous (ombres / présences consolantes ou néfastes), la peur, les miroirs, le double, les états limites (inquiétude, trouble, désir vague de mourir, visions périphériques), la nuit, les fantasmes, présences fortes des souvenirs et de l’enfance chez Henri davantage que chez moi, tout du registre de l’imaginaire et de la vie du corps perçue, jouie par l’âme. Je crois à l’existence de l’âme (psyché). L’instase vient de la psyché, tire ses joies de la psyché. S’y ajoute chez moi un surcroît de réalité : le passage à l’acte de la jouissance par le sexe. Mon lien (regard, main) à mon propre corps féminin, la femme renarcissisée , importance de la féminité.

Dire l’angoisse devant les menaces que font peser la société, la psychanalyse lorsqu’elle est mal menée et qu’elle se mêle de normaliser, le retour obligé au réel, les contraintes sociales, les modèles, l’obligation des liens sociaux. Et soi qui ne croit pas toujours possible cette grande volupté, qui lui oppose la culpabilité, les contradictions des désirs. Le scandale qu’est pour l’autre le fait de ne dépendre de personne, de tirer son plaisir de soi, de se complaire à soi-même, de n’avoir besoin de personne, de se suffire. En ai souffert, ai failli perdre cette force, cette grandeur unique d’être à soi disponible et entière.

A Henri Bosco je n’ai rien pris, rien pillé qui ne soit déjà en moi, à moi, qui m’appartienne en propre déjà. Il y a coïncidence absolue entre nous. Hyacinthe dit l’état d’instase très clairement peut-être ou que j’identifie comme étant mon instase à moi. Que je reconnais pour mienne. Je parlerai de quelques livres : Un rameau de la nuit / Malicroix / Anthonin / Le mas Théotime / Une Ombre / Hyacinthe et les souvenirs (Un oubli moins profond / sur le chemin de Monclar) livres éclairants pour ce qui m’occupe, choix personnels pour ce que je veux éclairer et qui nous est communs : ce que je nomme l’instase. Probablement la quête de toute une vie, et le maintien lorsque c’est, la résistance contre l’empêchement, et si c’est enfoui, la quête donc de cela qui tend l’être, le fait languir. Il s’agit oui de langueur, de cet étrange sentiment d’être au profond de soi et en connexion complexe avec le monde. S’autoriser à fusionner, à être cet état, dans cet état étrange et non pas étrangère au monde, sur le fil ou complètement immergée, « barré e», en dérive, aux limites de la folie et de l’hallucination, au plus près de l’intelligence du corps, les sensations.

Il n’a pas de temps pour dire ça, pas de modernité pour dire cette puissance d’appartenance à soi-même, de fidélité, d’exacerbation des sensations pourtant intériorisés (in-stase et pas ex-stase exprime les états hors de soi, visibles pour l’autre, suppose un spectateur /une spectatrice, quelqu’un / quelqu’une là qui assiste et témoigne par les signes extérieurs qu’il y a extase.) Ici pas de cris, de manifestations hystériques de la joie et du transport, mais un peu de lisibilité (des gestes discrets, des sourires donnés à soi-même, irrépressibles) et personne en face pour déchiffrer : seul l’écriture témoigne de l’expérience intime, la joie se partage par l’écriture, rend compte de cela pour n’en rien perdre.

C’est de tout temps.

De cet au-delà (du mur) en dire, étendre le champ des expériences sensibles, des limites autorisées

le désir qui est premier dans la volonté de vivre, le désir d’abord suffisant pour ce qu’il nourrit

l’imaginaire et qu’il tend la pensée vers un ailleurs, un monde inconnu, défendu mais que le je se figure intimement

lui appartenir. Sur l’interdit, la scène primitive.

Avant le franchissement, avant d’en user (s’engouffrer dans la brèche ou bien escalader), il y a l’attente, le fantasme. Bien sûr on a le pressentiment du jardin, du parc, d’une maison embrumée dans les arbres, mais il faut rêver cela, s’en pénétrer depuis le seuil, depuis ce côté-ci de la réalité – un premier jardin moins beau, une impasse un champ : le fantastique s’obtient chez Bosco à partir du moment où le personnage commence à se languir, l’instant où l’être est requis tout entier par une contemplation. En lui-même. Le jardin de l’au-delà du mur pourrait être une métaphore du jardin intérieur.

La brèche (Anthonin), le franchissement par l’escalade (Un rameau de la nuit), une grille dans le mur / la haie

Le passage n’est pas une modification radicale (entre les deux mondes, le mur séparateur, quelque chose de plus ténu que d’habitude en parlant de frontière. Le personnage est fort en rêverie. Le passage est une dilatation, une respiration.

Sur l’éden, un verger dans Anthonin, mais qui se déplie en parc possesseur de maison, un lieu dans le lieu. Fécond jardin, fruitier, abondant, généreux, prodigue ; un lieu du paradis avec les ombres, les inquiétudes pour tempérer. Un jardin du sud, à végétation méditerranéenne mais aussi un jardin indéfinissable, hors du temps (la question de la temporalité, de la saison).

L’œil tendu (l’œil visionnaire)

Le jardin intra-muros (une ombre)

L’infini que l’obstacle crée, limite la vue, l’aveugle dans la même seconde qu’il illimite la pensée imaginant

Au-delà / autre côté : deux états, deux dimensions distinctes, deux approches

Courte échelle, accroissement du monde, de soi, soi porté sur ses propres épaules, haussé

Sur l’errance au jardin, la déambulation, l’assise / la contemplation/ la corporalité : les sensations, le rêve, l’hallucination, l’ombre

Hauteur grande du mur, un mur investit par la pensée qui œuvre pour l’émancipation d’elle, en faveur du jeu, le jeu fait à soi-même constitué d’images mentales, des rôles que l’on se donne.

Quelques relevés majeurs dans l’œuvre de Bosco, que j’appellerai désormais Henri, par amour, par complicité (me l’aurait-il permise cette familiarité avec une femme, son alter ego, son double dans la jouissance ?)

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